pages sauvages

08 février 2008

Comme je ne suis pas en voyage en ce moment...

... Venez voir mes illustrations sur:
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A tout de suite!

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04 septembre 2007

Mui ne

Mui ne est une plage entre Ho chi minh et Nha Trang, à côté de Phan Thiet, un endroit paisible envahi d'hôtels, de cocotiers et de touristes quand vient la saison sèche.
Hung est manager de l'hôtel Hai gia, que j'ai découvert peu après son ouverture.
Comme l'hôtel est excentré, il était peu connu et peu fréquenté à ses debuts. Aujourd'hui, je ne sais pas ce qu'il en est, mais je pense qu'il a dû grandir en notoriété. Quoiqu'il en soit, il y a donc environs trois ans de cela, je débarque pour la première fois dans ce petit paradis balnéaire qu'est Mui ne. Bon, paradis c'est vite dit... Pour que ce soit parfait, il faut bien sûr fermer les yeux sur la pollution des plages au petit matin et sur la décharge à ciel ouvert cachée sur les hauteurs de la ville. Hung_et_Thi

Un matin vers 6h30 donc, peu après mon réveil, je flâne sur la grève en regardant les pêcheurs tirer leurs filets depuis la plage.
Je m'approche pour étudier leur pêche de plus près. Il ramènent en quantité égale autant de petits poissons, de crustacés et de mollusques que de déchets plastiques en tout genre. La mer est providentielle, elle pourvoie vraiment à tous leurs besoins... Sans état d'âme, les hommes de la mer n'emmènent avec eux que les animaux piégés et laissent derrière eux les produits de supermarché que la marée montante se chargera de faire disparaître; ou moi, ou les autres, ou personne.
Le matin suivant, surprise, je découvre le staff de l'hôtel en plein nettoyage.
Les trois jeunes employés ne ratissent pas toute la plage, mais s'occupent au moins de ramasser les détritus devant leur porte. Je les vois qui consciencieusement balayent, regroupent et entassent. J'aurais bien envie de leur expliquer que les coquillages sont des éléments biodégradables qu'ils peuvent laisser sur le sable, mais je préfère ne pas entâmer leur enthousiasme. Au lieu de me perdre en leçon de morale, je viens les rejoindre et participe à l'effort collectif. lls se demandent bien pourquoi je perds mon temps avec eux et tentent de me dissuader de leur donner un coup de main, mais je me sens l'âme légère et je les aide à creuser un trou dans l'allégresse générale. Le tas d'immondice est impressionnant, ça va faire du bordel dans le vide ordure! On n'a vraiment pas l'impression d'avoir bossé pour rien, la nature va s'en trouver régénérée et nous aussi par la même occasion.
Les oiseaux sifflotent gaiement, le vent souffle dans les cocotiers et les méduses glougloutent dans le clapotis des vagues.
Et puis comme un soufflé navrant qui se racrapote à l'ouverture du four, ils enterrent les déchets sous 30 cms de sable et retournent tranquillement à l'hôtel.

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De l'autre côté de la route, devant le portail de l'hôtel, on peut acheter du nuoc mam, une sauce faite à base de poisson. Ce sont des poissons pêchés dans les eaux salées de Mui ne.
Alors si vous vous ratatinez une dent sur une pièce de moteur ou avalez un morceau d'emballage plastique en mangeant un plat dans un restaurant vietnamien, n'appelez pas les services d'hygiène, ne vous vengez pas sur le serveur, ne blamez pas le cuistot, ils n'y sont pour rien.

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06 avril 2007

Le café à lunettes

Trois à quatre matins par semaine, Bono et moi allions dans le parc Tao dan, situé au croisement des rues Nguyen trai et Cach mang thang tam. Bono, que tous les vietnamiens appelaient ainsi car il leur étaient impossible de prononcer Bruno, était mon professeur d'arts martiaux. Nous nous étions rencontrés trois mois plus tôt, le jour pile de mon arrivée à Ho chi minh et étions rapidement devenus amis.
A l'ombre des grands arbres du parc, Bono m'enseignait ses techniques, me poussant souvent à aller au-delà de mes limites, me prouvant d'abord qu'avant de les atteindre il faut se surpasser et ensuite que la plupart des obstacles sur lesquels on croit buter sont plus mentaux que physiques.
Autour de nous, d'autres groupes de personnes pratiquaient avec assiduité leurs exercices matinaux. Il y avait des joueurs de badminton, des gens de tous les âges qui couraient à leur rythme, parfois en crabe ou à l'envers, des jeunes qui venaient là pour flirter sur les bancs, des vieux qui sirotaient leur café en faisant des parties d'échec.
Des curieux s'arrêtaient parfois pour nous observer ou engager la conversation avec nous. Bono les invitait à nous rejoindre et à prendre part à nos entraînements quasi quotidiens. Il accueillait tous ceux qui en avaient envie, il ne demandait rien en échange de son enseignement. Comme il avait la manie des surnoms, qu'il attribuait naturellement dans la foulée d'une rencontre, il finissait par en oublier carrément le prénom de ses élèves.
Une fille souriante, qui assimilait les enchaînements avec une facilité déconcertante, avait été surnommée lunettes. L'appeler ainsi était devenu une habitude, si bien qu'il nous fallut plus de trois mois avant de nous réveiller et chercher à savoir comment elle s'appelait vraiment. Elle nous l'avait certainement dit lors du jour de notre rencontre, mais il est vrai qu'entre son anglais approximatif et notre vietnamien laborieux, il y avait eu quelques ratés.
Elle s'appelait Nga.
Elle était étudiante en école d'infirmière et travaillait parfois dans le petit café de son frère. A partir du moment où nous devînmes bons amis, j'y allai régulièrement pour la retrouver et y boire un xa xi ou un Cam vat. Elle était d'une générosité rare, une qualité que j'ai retrouvé par ailleurs chez bon nombre de mes autres amis vietnamiens. C'est elle qui m'apprit mes premiers vrais rudiments de vietnamien. Elle était toujours disponible et me rendait grandement service lorsque j'avais besoin d'aide.

nga_cafe

Le café tenu par son frère, donnait sur une rue perpendiculaire à la rue Nguyen trai. L'étroitesse du local et la déco réduite à son minimum étaient remarquables. Il y avait quelques guirlandes en plastique suspendues, deux ou trois posters de paysages aux couleurs outrageusement criardes et sur les tables, on pouvait admirer le visage d'une star de la chanson ou au choix, les galbes bien carrossées d'une voiture de sport. La stéréophonie du plus bel effet était assurée par deux télévisions qui trônaient dans l'entrée et le fond de la pièce.

breakfast
J'y avais mes habitudes et y allais presque tous les matins y prendre mon petit déjeuner. Nga était prévenante et me faisait goûter à toutes sortes de fruits pressés qu'elle me préparait, même si ce n'était pas au menu. J'aimais particulièrement le jus de fruit de la passion. Avec le temps, nous avions consolidés de vrais liens d'amitié. Petit à petit ses études l'ont rattrapé et de stages en fin d'année, elle a fini par obtenir son diplôme.
Aujourd'hui Nga travaille au V.N. Hospital dans le septième district, où elle côtoie quotidiennement des médecins français et vietnamiens. Elle porte toujours ses lunettes et ça lui va bien.

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05 avril 2007

Une petite rue perpendiculaire à la rue Su van hanh

su_van_hanh

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01 avril 2007

La rue Do quang dau, vue du café Mai xuan

do_quang_dau

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18 mars 2007

Commitment

Cela faisait 10 mois que je vivais dans la rue Bui vien.

Outre mes amis vietnamiens, Huong, Tai, Nga, Khang, Thuyen, Hien, Linh et les autres, je voyais régulièrement quelques amis français. Il y avait bien sûr Bono, mon pote et professeur de kung-fu et Laurence, institutrice à l'école française de Saigon. En dehors de ceux là, dans le petit monde des étrangers qui vont et viennent, les amitiés éphémères se créent le temps d'un séjour et se défont au moment des départs.
Depuis peu pourtant, des voyageurs venus de différents horizons s'étaient établis durablement dans mon quartier et de rencontres en présentations, une bande d'amis se fédéra petit à petit.
Vietnam_Australia
Un jour que je discutais avec Tao, l'ami avec lequel je buvais presque tous les matins mon café, deux personnes entrèrent dans mon hôtel pour y prendre une chambre. Chris l'australien venait s'installer au Vietnam avec sa mère, qui avait trouvé un poste d'english teacher dans une école du district 7. Elle paraissait plus jeune que son âge et lui plus vieux, si bien que les premiers jours, je cru qu'ils formaient un couple. Chris avait déjà beaucoup voyagé. Par moment, caché derrière ses lunettes noires, il faisait penser à Mick Jagger.

Daniel
Il me présenta à Daniel venu de New York, que je rencontrai un midi en train de manger ce qui était son plat favori, des oeufs brouillés aux légumes. Chaque jour à la même table, dans le même restaurant, il dégustait ce même repas. J'ai cherché plus d'une fois à le tirer de sa routine, mais il disait "A quoi bon goûter autre chose, puisque cela me convient?". Au-delà de cette simple anecdote, Daniel était quelqu'un d'attachant malgré son côté plan-plan. Francophile, il était ravi d'avoir fait ma connaissance et c'était réciproque. Nous aimions boire le mauvais vin rouge servi dans le seul café américain de la rue, pendant qu'il se concentrait sur sa grille de sudoku. Il venait là tous les soirs à heures régulières. Une serveuse lui plaisait, il cherchait à se rapprocher d'elle.
japan
Dans ce même café, Daniel me présenta à Chifumi, une charmante miniature en recherche désespérée d'un boyfriend. Sous ses airs espiègles, qui aurait cru qu'elle avait 40 ans? Elle était par hasard l'amie d'une de mes meilleures amies Japonaise, Hiroko, qui travaillait dans une agence de voyage de la rue De Tham toute proche.

Il n'était pas rare que tout ce petit monde se retrouve autour d'un verre, sous le soleil de Saigon.

Hiroko, avait un copain Coréen qui lui en faisait baver. Leurs disputes étaient récurrentes et parfois violentes. Hiroko qui n'avait pas perdu le nord, me dit un jour à haute voix ce que je soupçonnais en creux. Malgré les bleus, elle restait avec lui pour la sécurité financière qu'il lui offrait.
Elle avait une très belle voix et cherchait à se produire en tant que chanteuse. Un soir, à ma grande surprise, alors que nous étions dans un club de Jazz un peu select, elle demanda à monter sur scène. Elle devait avoir confondu le lieu avec un karaoke et s'empara du micro. J'étais médusé. Elle entonna "Fly me to the moon" accompagnée par l'orchestre. Ce fut un grand moment.
Saigon_new_york
A quelques heures de son départ pour New York, où elle espérait percer dans le monde de la chanson, elle vint me voir à mon hôtel. Elle s'allongea sur le lit et s'endormit, comme fatiguée par les incessantes crises de son couple. D'ailleurs à ce propos ou non, juste avant de l'accompagner à l'aéroport, son boyfriend lui fit une nouvelle scène de jalousie, sa dernière aussi.

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07 mars 2007

Cafe pho bien

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C'était un jour à Can gio, dans un petit village de pêcheur. J'étais venu en moto avec des amies, Hien, Vy et Thu, en virée pour le week end.
Pendant qu'elles discutaient entre elles, je m'étais mis à dessiner le café près de la plage (un bel endroit où je me rappelle avoir bu plus que de raison avec les trois filles). Le propriétaire s'est approché et m'a prié de lui offrir le dessin. Il m'a promis de l'accrocher au mur si je le lui donnais. Sa proposition flattait un peu mon égo. J'ai hésité un moment et puis je me suis laissé convaincre. Je me suis dit qu'à défaut de m'apporter la gloire et la consécration, ça me ferait peut être au moins plaisir de savoir que des gens pourraient l'admirer de temps à autres.
Seulement, quand je suis revenu deux mois plus tard, il n'avait pas tenu parole et le dessin devait traîner quelque part, oublié  dans un coin avec ses belles promesses.
Il se trouve qu'aujourd'hui le café n'existe plus, il a été rasé. Mon original a disparu et le seul vestige qu'il en reste, c'est une photocopie. Avant d'abandonner mon dessin, j'avais quand même pensé à en faire une reproduction.

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12 février 2007

Thuy

Quand je rencontre Thuy pour la première fois, c'est en allant manger un pho bo kho dans un petit resto de la rue Bui Vien. Elle est serveuse. J'y reviens plusieurs fois parce que je trouve les soupes plutôt bonnes et c'est ainsi que nous faisons connaissance.

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Un jour, je lui demande de poser pour moi. Elle s'assoit de profil. Je m'applique pour qu'elle ne soit pas déçue du résultat. Elle semble ravie de se prêter au jeu. Je ne lui offre pas le portrait, mais je lui propose une photocopie en échange, qu'elle accepte. Ça parait égoïste, mais en général les gens ne s'offusquent pas.
Ce qui est frappant lors de ces brefs moments, c'est de constater que pour les modèles, le plus important n'est pas tant de posséder un original, que d'être pour un instant le lieu de convergence de tous les regards alentour. Ce type de performance est très fédérateur et les curieux ne se font pas priés pour s'attrouper. Le face à face se transforme parfois en mêlée et pour la concentration, le bain de foule peut avoir des conséquences variables. Soit la pression vous fait perdre vos moyens, soit elle vous motive. Pour l'artiste agoraphobe éventuel, Saigon n'est pas la ville la plus reposante qui soit, mais une stratégie éprouvée consiste à sortir ses crayons à l'heure de la sieste, ce que je fis ce jour-là.


Thuy

Le temps passant et mes découvertes culinaires évoluant, Je ne revins plus souvent dans le restaurant. Je passais une fois par hasard devant et j'appris que Thuy avait quitté son travail.
Je la revis par coïncidence un mois plus tard.
C'était un matin, elle était assise à l'entrée de mon hôtel, à regarder les motos défiler dans la rue. Je ne sais pas qui de nous deux fut le plus surpris de ces retrouvailles. Nous nous saluâmes comme de vieux amis. La propriétaire de l'hôtel qui me connaissait bien en fut amusée. A partir de ce jour, nous risquions de nous croiser régulièrement dit-elle, Thuy était la nouvelle femme de ménage de l'hôtel.

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29 décembre 2006

Rencontre à Hoi-An, An-Hoi

An_Hoi

Je suis installé sur la terrasse de la maison de mon ami Thanh à An-Hoi.
Il est juste derrière moi et regarde le dessin que je fais de sa rue. C'est encore très sauvage, mais ça ne le restera plus très longtemps, comme en témoigne le changement radical qui s'est opéré dans cette partie de la ville depuis ma dernière venue ici, il y a quatre ans.

Ici, C'est Hoi-An, mais Thanh habite An-Hoi. Les deux mots qui forment le nom de la ville basculent selon que l'on se trouve d'un côté ou de l'autre de la rivière. Hoi-An est un endroit très couru pour son architecture traditionnelle préservée et pour ses ateliers de confection de la soie. C'est très authentique et par conséquent très touristique. Les commerces tirent profit de cette manne et les tailleurs y pullulent. On dit qu'on y trouve les meilleurs artisans de tout le Vietnam et que les prix y sont très compétitifs. Seulement aujourd'hui, le nombre de magasins de vêtements y est si important que pour l'amateur d'un jour, il est difficile de faire preuve de discernement. Les vrais tenants du savoir-faire côtoient les opportunistes qui décrédibilisent petit à petit la réputation de Hoi-An.

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Thanh, je l'ai rencontré lors de mon premier voyage au Vietnam, en 2001.
A mon arrivée à Hoi-An, ce jour-là, j'étais parti visiter la ville avec mon carnet à dessin sous le bras. La beauté des rues et l'ambiance qui s'en dégageait, contrastait avec mes précédents arrêts. Ca me semblait plus beau que Nha-Trang, plus propre que Saigon et collait bien à cette image idyllique d'un Vietnam rêvé, que l'on s'imagine avant de quitter la France. Seulement les boutiques de souvenirs, l'art local au kilomètre, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé et croiser des troupeaux de touristes en batterie m'agace assez vite.
J'arrive devant un pont sans rambarde qui enjambe la rivière. Derrière moi, je laisse les vacanciers pressés prendre leurs photos et tandis qu'ils s'affairent à leurs achats, je franchis quelques mètres au dessus de l'eau pour passer d'un monde à l'autre. Je me retrouve à An-Hoi.
De ce côté-ci, il n'y plus la moindre incursion extérieure. J'ai l'impression d'avoir fait un bond dans le temps. Je suis cent ans en arrière. Les maisons sont en bois, entrelas de branches non dégrossies, les chemins sont en terre battue, ils mènent au delà du dédale des rues jusqu'à une forêt de bambou, à côté d'un champ humide où pullulent les grenouilles. Des poules picorent autour de moi et les gens me sourient, me regardent comme si ils n'avaient jamais vu un étranger. Pour aussi incroyable que cela puisse paraître, ici jamais un visiteur ne vient. Il n'y a pas de magasin de babioles, pas de café avenant, le touriste organisé n'a rien à voir, rien à acheter dans le Vietnam des pauvres gens qui n'ont rien à vendre.
Depuis sa petite terrasse, un homme s'adresse à moi. Il parle français et m'invite à venir discuter avec lui. Il m'a vu avec mon carnet de croquis et aimerait découvrir ce que je fais. Il s'appelle Thanh. Il est sensible à la poésie, à la musique et à l'art en général. La rencontre est simple et nous partageons le thé, qu'il m'offre pour la première fois.
Le soir venu, nous admirons les étoiles depuis la petite cabane en bois qu'il s'est construit devant chez lui. Il me tend une pipe fourrée d'un tabac au goût mentholé. Le chant des batraciens résonne en fond sonore. Thanh entonne quelques chansons vietnamiennes. Il aime beaucoup cet endroit, il s'est installé ici pour le calme qui y règne.
Nous nous donnons rendez vous le lendemain à 17 heures.
J'ai invité Achim Koehler, un voyageur épatant rencontré dans le dormitory que je partage avec lui et deux autres personnes. Thanh nous attend pour une excursion sur la rivière. Nous allons à la pèche sur sa barque. Un ami l'accompagne, nous sommes quatre. La nuit tombe lorsque nous embarquons.
Les lumières qui jalonnent notre route sont celles des pièges à crevettes. Suspendus depuis des plateformes sur pilotis, des néons flottent au dessus des eaux. Les sources lumineuses attirent les crustacés dans de grands filets que les pêcheurs remontent une fois plein. La ballade est exceptionnelle. Des ponts en bois tendus entre les deux rives défilent au dessus de nos têtes.
Nous atteignons le lieu d'où nous allons tirer notre futur dîner. Depuis la barque, nous lançons nos lignes au hasard. Achim et moi ne sommes pas des pêcheurs émérites. Mais Il se trouve que Thanh et son ami non plus. Au terme d'une petite heure de rigolade, pendant laquelle nous gaspillons nos appâts sans compter, nous sommes obligés de renoncer à l'idée de manger le produit de notre pêche. Nous sommes bredouilles et la soupe à l'eau ce n'est pas très goûtu.
Le conducteur du bateau reprend alors les commandes et nous entraîne pour une destination connue de lui seul. Thanh joue de la guitare. Il est environs dix heures du soir. Nos estomacs gargouillent, mais cette aventure est jubilatoire. Dans l'obscurité, quelques lumières attirent notre regard. Nous nous dirigeons vers elles. J'ai l'impression d'être comme une crevette à mon tour. Où sommes-nous exactement? Loin de Hoi-an? Nous finissons par atteindre un groupement de trois bateaux. Les hommes qui attendent là, En plein milieu de nulle part, sont des vendeurs de poissons. C'est un marché flottant! Nous cuisinons enfin à bord de notre embarcation le fruit de notre... De nos achats. Il y a toujours un endroit où l'on vend de quoi manger au Vietnam, même sur l'eau et en pleine nuit!
Le lendemain, je reviens dire adieu à Thanh car mon départ pour Hue est proche. Je ne sais quand je le reverrai. Il me considère comme son ami et c'est réciproque. J'ai passé avec lui quelques uns de mes meilleurs moments au Vietnam. Il nous demande à Achim et moi de lui rembourser la location de la barque, ce qui je m'en souviens, sur le moment nous surprend un peu. Pourquoi ne nous l'a-t-il pas demandé la veille? Elle n'est pas à lui cette barque? Je me surprends à me demander si cette amitié n'est pas motivée par des raisons détournées. Je suis un peu désarçonné... C'est parce que ce genre de situation m'est déjà arrivé auparavant. L'accumulation de ces petites déceptions finie par brouiller les repères. Quand l'argent s'en mêle, la confiance que l'on accorde aux autres est à chaque fois un peu remise en question... On réagit au quart de tour. Mais Thanh ne nous demande rien de moins, rien de plus que de partager avec lui.

Quand nous nous quittons, je ne sais pas encore que je reviendrai au Vietnam quatre ans plus tard et que je le retrouverai avec autant de joie sur le perron de sa maison. Nous reboirons souvent le thé ensemble. La forêt de bambou aura disparu pour laisser place à un resort flambant neuf, la mare où les grenouilles coassaient n'existera plus et des maisons au style standard auront remplacé les espaces de verdure où les poules caquetaient. La cabane en bois aura été rasée depuis longtemps et un bar fera profiter des décibels de sa musique à toute la rue. Pourtant Thanh continue de jouer de la guitare, de raconter des histoires et d'aller à la pèche avec ses amis, toujours pour ne ramener aucun poisson, sinon de beaux souvenirs.

Hoi_an

 

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18 décembre 2006

Un space opéra italo-vietnamien

In a galaxy far, far away... Au Vietnam, donc...

L'affiche était déjà en vue devant le cinéma trois mois avant qu'il ne soit projeté en salle.
J'ai attendu tout ce temps avant de le voir ce Star wars. Trois mois pendant lesquels la programmation cinématographique était si pauvre, que ce film s'était paré à mes yeux d'un aura quasi messianique.
Oh bien sûr, j'aurais pu le regarder dans ma chambre d'hôtel tranquille, sur un DVD pirate que j'aurais acheté en bas de ma rue, au moins quatre mois avant sa sortie sur les écrans vietnamiens, mais j'ai préféré vivre le grand frisson dans l'environnement approprié.
Je n'ai pas été déçu. L'ambiance y était. Enfin pas exactement celle à laquelle je m'étais préparé. En fait, on aurait plutôt dit celle du film "Cinéma Paradiso" de Giusseppe tornatore... Oui, il y avait là les gens qui crient quand le méchant fait son apparition, ou ceux qui arrivent en milieu de projection, ceux qui jouent avec leur portable, ceux qui mangent du pop corn en faisant des commentaires. Ils étaient tous là! Ambiance populaire garantie.
Clou du spectacle, il y avait en plus tous ceux qui se sont levés immédiatement après l'incontournable scène finale. Pas celle qui précède le générique, hein! Pas L'épilogue. Non, non, c'est du superflu ça.
Non, je veux parler de la scène d'action ultime. Tout le monde est parti après la dernière explosion, la dernière goutte de sang, la dernière baffe au sabre laser. L'essentiel a donc été vu, c'est qu'il ne faudrait surtout pas sortir sa moto du parking après les autres!
Et moi je suis resté presque seul dans cette grande salle pour admirer le coucher de soleil sur Tatooine, tandis que le vrai lui, s'étiolait, se découpant sur l'horizon des buildings de Saigon.

star_wars

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